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Guitare LiveMagazineGuitare Live N° 13Robert Grossmann, du blues à l'opéra classique

Robert Grossmann, du blues à l'opéra classique

Portrait d’un compositeur cosmopolite

Compositeur d’opéra, guitariste classique, aussi à l'aise au luth que sur des instruments traditionnels, Robert Grossman est un musicien cosmopolite au parcours impressionnant. Entre classique, blues, rock ou jazz, portrait et interview d’un homme pour qui la musique n’a pas de frontière.

Robert Grossman en portrait officiel

Robert Grossmann naît à San Diego, Californie, en 1953, dans une famille pleine de musique ; sa mère est pianiste professionnelle - son père, lui, est ingénieur.

Il grandit près de la plage, où il passe ses journées, de 6h du matin à 7h du soir, avec son frère, sauveteur en mer. Vers 12 ans, il joue de l'harmonica et de la guitare, en autodidacte.

Joueur de blues

Le coup de foudre pour le blues ? Il le vit en 1968, alors qu’il accompagne ses parents à Haight Ashbury, haut lieu du mouvement hippy : la musique s’est emparée de lui. A partir de cette date, il ne manquera aucun des concerts rock des groupes de l'époque… les kilomètres ne lui font pas peur.

A 16 ans, il entre dans une Université scientifique. En dehors des heures d’étude, il joue de la guitare, tous les jours, et progresse, seul.

C’est à Lausanne, où il passe deux ans pour perfectionner son français, qu’il prend ses premières leçons de guitare Blues - avec T-Bone Walker en personne.

Du jazz au classique

De retour aux Etats-Unis, à 18 ans, il décide de ne se consacrer qu’à la guitare et, particulièrement, au Jazz. Mais pour entrer en classe de Jazz à la California State University at Northridge, il doit jouer des morceaux du répertoire et découvre le classique – avec émerveillement.

Il modifie alors son orientation et consacre sa première année aussi bien au Jazz (avec Joe Pass Grant Geissman) qu’au classique (avec Ronald Purcell). Au cours de cette première année, il progresse vite et assiste à deux master-classes d’Andres Segovia. Ce sont des moments bouleversants.

La maîtrise du luth

Il y découvre la musique ancienne et la prodigieuse complexité du luth. C’est un nouveau choc. En deuxième année, il recentre une dernière fois son orientation : ce sera guitare et luth classiques.

Au bout de 4 années d’études, diplôme de guitare classique et de luth en poche, il entre au conservatoire de San Francisco et prend des leçons de guitare avec George Sakalariou, ainsi que toutes sortes de cours de musique ancienne, dont un master-class avec Hopkinson Smith.

Il obtient brillamment sa Maîtrise de luth, ainsi que de musicologie. Il prend énormément de cours de théorie, notamment auprès du compositeur John Adams.

Pour pouvoir étudier auprès du spécialiste de la musique ancienne Thomas Binkley, il s’en va passer son Doctorat de musique ancienne à l’Université d’Indiana, Bloomington.

Il obtient une bourse et va travailler deux années à Bâle, en Suisse, auprès de Hopkinson Smith.

Sa dissertation sera un morceau de bravoure ; la comparaison d’une partition autographe et d’une tablature baroque de la Suite en sol mineur de Jean-Sébastien Bach.

Il est tombé amoureux de la Suisse. Alors il y reste, obtient la double nationalité et y travaille depuis, en tant que musicien, compositeur et professeur de musique.

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Comme tous les grands artistes, Robert n’aime pas beaucoup parler de lui. Je sais cela depuis des années. C’est rare qu’il accorde des interviews. J’ai conscience de mon privilège…

Guitare Live : N’écoutes-tu que de la musique classique, que de la guitare ?

Robert Grossmann : j’écoute beaucoup de musique pour instruments à cordes pincées : guitare, luth, harpe, mandoline (NDLR : il joue lui-même de la mandoline et du violon). J’ai une grosse collection de disques de blues ; surtout des anciens Country Blues et les débuts du blues électrique.

J’écoute beaucoup d’opéra, énormément de musique ancienne. Il ne passe presque pas une journée sans que j’écoute une œuvre du répertoire classique (de chambre et pour orchestre) ou de Stravinsky, de Bartok. J’aime beaucoup les compositeurs d’avant-garde.
Et puis, bien sûr, il y a ma passion pour le Jazz, pour Frank Sinatra. Mon guitariste de Jazz préféré est Wes Montgomery.
J’ai passé beaucoup de temps au Mexique et au Venezuela, j’aime le Cuatro vénézuélien, j’ai fait la connaissance du grand maître Pablo Canela…
En réalité, toute musique bien faite me plaît.

Guitare Live : On voit à cette énumération que le cosmopolitisme musical n’est pas un vain mot pour toi. D’ailleurs… parle-nous un peu des instruments que tu possèdes…

Robert Grossmann : Un luth renaissance, un luth baroque (réplique), une guitare baroque, une Vihuela, un Théorbe (réplique), un violon baroque (d’époque), une viole (moderne), un violoncelle (daté de 1800), une vraie harpe originale du 17ème siècle, plusieurs mandolines (dont une du maître Calace et une de Del Perugia datée du début du 20ème siècle), une Fender Stratocaster de 1974, une guitare de concert du maître luthier Werner Schär (1995), d’autres guitares classiques (dont une André Stern !) et électriques, un Banjo, une Gibson Blues 1937, un Tar perse…

Extrait musical : Robert Grossmann nous propose, sur son luth renaissance, l'interprétation d’une partition manuscrite de 1563, avec une pièce composée à Samedan dans l’Engadine.

Pice joue au luth (1.6 Mo)

Je joue de tous ces instruments, pour moi comme en concert, j’en ai eu beaucoup d’autres, que j’ai revendus. Jeune, je jouais dans un groupe de blues ; actuellement, je joue de la guitare électrique dans l’orchestre qui accompagne un groupe Gospel…

Robert Grossmann et sa guitare baroque

Guitare Live : Et puis, à côté de ton travail d’interprète aux horizons incroyablement diversifiés, tu as toute une œuvre en tant que compositeur…

Robert Grossmann : J’étais prof de guitare pendant 6 ans en Engadine (NDLR : partie particulièrement célèbre du canton des Grisons, en Suisse). Inspiré par les paysages qui ont inspiré tant de musiciens et d’écrivains avant moi, j’ai composé mes premières œuvres, dont la plus importante est un opéra de chambre en langue romanche (NDLR : la quatrième langue suisse), "Il President da Valdei", qui a été immédiatement joué et enregistré.

Extrait musical : Ouverture du President da Valdei en répétition publique.

Ouverture du President da Valdei (5.6 Mo)

Pendant la période où j’étais installé à Chur (j’y avais reçu un poste de professeur plus important), je me suis consacré à diverses petites compostions qui m’ont valu le Prix Eliette von Karajan (la veuve de Karajan)
Mais je n’ai rien gardé de cet argent, je l’ai entièrement consacré à la réalisation de ma plus grande œuvre, mon Opéra "La Montagne Magique", d’après Thomas Mann, dont la première a eu lieu au Stadttheater de Chur en Septembre 2002. Tout le monde s’y est mis : l’état, la ville, des sponsors privés…

Extrait musical : Ouverture de "La Montagne magique" (Der Zauberberg).

Der Zauberberg (3.3 Mo)

Depuis, j’ai composé un Musical pour enfants (Angelo und die Möve), qui a également été joué au Stadttheater de Chur, en mai 2005.

Extrait musical "Angelo und die Möve" en répétition publique.

Angelo und die Möve (3.1 Mo)

Guitare Live: Le portail Guitare Live, multimédia d’avant-garde, est fréquenté par toutes sortes de guitaristes. Qu’aimerais-tu dire :

Aux débutants ?
Robert Grossmann : Écoutez jouer beaucoup des maîtres de tous les styles, et consacrez du temps à vous demander ce que chaque artiste apporte individuellement et humainement, dans la musique, dans son jeu.
Aux avancés ?
Robert Grossmann : Pour devenir musicien, il faut élargir son horizon artistique. La littérature, la peinture, toutes les formes d’art. Je suis un passionné de beaux-arts, de leur histoire, d’art graphique du 16ème jusqu’à nos jours, de littérature, d’artisanat d’art tel la lutherie ou l’horlogerie, de belles pierres…
Aux professionnels ?
Robert Grossmann : Ne jamais faire de l’activité de concertiste un job alimentaire ; il faut rester frais, afin de faire de chaque concert un moment particulier, aussi bien pour le musicien lui-même que pour le public.

Guitare Live : Ton pire moment guitaristique ?
Robert Grossmann : Le matin tôt, un appel téléphonique ; petite chambre à San Francisco… je me suis appuyé sur mon Oud pour attraper le téléphone, et… crac !

Guitare Live : Ton meilleur moment guitaristique ?
Robert Grossmann : La Première de ma "Montagne magique"…
En tant que guitariste spécifiquement : les deux master classes avec Segovia ! Et puis aussi : le jour où j’ai joué la partie de guitare dans une pièce du compositeur viennois Ernst Krenek, sous sa propre direction.

Toujours prêt pour de nouvelles explorations, Robert essaie mon Aria Sinsonido
(voir banc d’essai dans le numéro précédent de Guitare Live)

André Stern a.k.a Amidala

Publié dans le magazine N° 13 de Janvier 2006


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