|
Pierre Le Pape vire de cap avec le nouvel album de Melted Space, sorte d’opéra metal à la Ayreon où des dizaines de musiciens s’appliquent à retranscrire sa vision d’un concept complet et complexe. Pas surprenant, donc, que Pierre ait pas mal de choses à nous dire à propos de From The Past. Tendons-lui le micro et écoutons ! Propos recueillis par Nicolas Didier Barriac ![]() Peux-tu nous présenter Melted Space ? Pierre Le Pape : Oui bien sûr! Melted Space est donc mon projet perso dans lequel je décris un univers où se retrouvent les âmes perdues et oubliées. Ici on trouve principalement des âmes perdues VIP comme des dieux, des anges ou des démons. Je le vois comme une étape supplémentaire dans le long périple de Dante dans la Divine Comédie. Pour donner vie à cet univers, j'ai fait appel à plusieurs musiciens de la scène metal française et étrangère. From The Past est le second opus de ce projet et a été pensé comme un opéra ou un film sans images. Le côté musique de films y est prépondérant. Par quelles évolutions es-tu passé depuis There’s a Place en 2009 ? P. L. P. : Eh bien l'envie d'orienter les choses plus résolument vers le metal était déjà présente avant que There's A Place ne sorte, je n'avais donc pas attendu pour commencer à travailler sur cette suite. L'idée de faire appel à d'autres musiciens et chanteurs est arrivée assez vite. J'ai fait un premier essai sur « War for the world » (qui s'est développé par la suite pour devenir « The Bringer of Light »), pour voir si cette formule pouvait me convenir mais aussi parce qu'à l'époque je ne savais pas encore quelle tournure donner à ce projet. Et puis cela m'a tellement plu que j'ai aussitôt réitéré en composant « This Immortal Love » puis « Gods of Ancien Times » et enfin « Dante's memory ». Tout s'est fait assez naturellement et je n'ai commencé à planifier les choses qu'au moment où je me suis lancé dans « Gods... », car de par son importance, le nombre de chanteurs qu'elle faisait intervenir (et donc autant d'emplois du temps à gérer), les arrangements... il a fallu s'organiser tant au niveau de la composition que des enregistrements. A partir de là, les choses étaient plus ou moins fixées, j'avais la durée de l'album, je savais donc que ce serait un format peu commun et audacieux au vu de l'état actuel du marché du disque et que ce serait difficile de trouver un moyen de le sortir. Ce qui m'a permis d'arriver au bout, c'est de ne pas me fixer de deadline. Bien entendu, j'en ai fixé certaines pour me donner des objectifs mais je me suis toujours dit (même si cela n'était pas évident des fois) que les choses se feraient quand elles devraient se faire. Au final, je ne regrette vraiment rien, j'ai atteint mon but de départ : faire un album qui me plait du début à la fin. Ta démarche peut rappeler sur le papier celle d’Arjen Lucassen. Sa musique te parle ? P. L. P. : Oui bien entendu ! Je suis un grand fan de ce qu'il fait dans Ayreon, Star One, Ambeon... depuis des années et il fait partie de mes influences principales. Mais en règle générale, j'ai toujours aimé le mélange des voix, des styles que l'on peut trouver dans des albums de prog’ autant que dans certains passages de Dimmu Borgir. From The Past possède une quantité impressionnante de musique, variée et intéressante. Ne crains-tu pas qu’elle soit difficile à digérer ? P. L. P. : Non au contraire, il est difficile de s'en lasser comme ça ! Il y a beaucoup de changements en effet mais cela permet de découvrir des choses même au bout de plusieurs écoutes. De plus, le fait d'avoir deux disques crée une pause et donne la possibilité d'y revenir plus tard. J'ai essayé de faire en sorte que cela s'enchaîne le mieux possible en jonglant entre passages metal et orchestraux en fonction des personnages abordés. Justement, afin d'éviter l'indigestion, notamment sur « Gods of Ancient Times », j'ai fait un plan sur lequel j'ai presque tout écrit, « scénarisé ». Cette vue d'ensemble m'a permis de garder une cohérence et de prévoir certains enchaînements (par exemple, le fait d'intercaler « Spirit of Love » entre les deux parties death et black). Trouves-tu dommage que l’industrie musicale, par ses choix et par le format numérique, encourage les artistes à revenir vers des albums courts et compacts comme à l’époque des vinyles ? P. L. P. : Je n'ai pas vraiment d'avis sur ce sujet. Je trouve cela dommage bien entendu de devoir suivre une mode ou une pensée qui aurait été décidée pour nous, mais si l'on a dit tout ce qu'on avait à dire en trente-cinq minutes et que cela fonctionne je trouve inutile de se forcer à en faire plus. Cela dépend vraiment de ce qu'on veut développer. Dans mon cas, je voulais décrire un univers en abordant des personnages, des thématiques qui nécessitaient de prendre son temps. Si j'avais voulu faire autre chose, j'aurai peut-être enchaîné les chansons avec un blanc d'une seconde entre chaque et cela aurait peut-être été plié en dix chansons de trois minutes trente. Si la qualité est au rendez-vous, ça ne me dérange pas. De toute façon, il faut vivre avec son temps et il est de plus en plus rare que les gens, notamment les ados qui ont des milliers de chansons mal encodées dans leur baladeur MP3, s'attardent sur un groupe qu'ils découvrent si cela ne leur plaît pas au bout de deux chansons. Quel invité t’a le plus impressionné par sa prestation inattendue sur From The Past ? P. L. P. : Je ne pourrais pas t'en citer un en particulier car ils sont plusieurs à m'avoir impressionné pour telle ou telle raison. Par exemple, Virginie (Goncalves, Kells) m'a impressionné par son efficacité en enregistrant trois ou quatre titres en une heure juste après le petit déjeuner. Vanessa (Lauriola, Sylae) ou Pierre (Leone, The Oath) ont été hyper réactifs et très pros, tout était planifié dans la journée, le studio réservé, la deadline fixée, ce qui a été très appréciable pour moi étant donné le casse-tête logistique que cela a représenté. Je retiendrais également Adrien (Grousset, Hacride) pour sa créativité et son efficacité (il m'a renvoyé toutes les pistes de « Gods... » une petite semaine après avoir reçu les partitions). C'est un musicien exceptionnel, un guitariste hors pair avec un sens musical très affûté et travailler avec lui est un vrai bonheur. Qu’est-ce qui t’a guidé au niveau des thématiques ? P. L. P. : Plusieurs choses qui me suivent depuis mon enfance : films divers, jeux vidéos, dessins animés... Disons que pour le choix des dieux de l'Olympe, il y a un peu de Chevaliers du Zodiaque, de God of War, de Choc des Titans (le vieux, pas l'horrible version qui a été faite récemment) et vraisemblablement d'autres choses que j'oublie. Pour ce qui concerne Séléné, là c'est tout simplement parce que dans There's a Place il y a un morceau consacré au soleil. J'aime la symétrie donc j'ai complété le cycle. Pour la partie consacrée à Lucifer, je pense que c'est la somme de plusieurs choses notamment le fait que Melted Space soit peuplé d'âmes perdues, je ne pouvais pas passer à coté de l'âme perdue la plus connue de l'univers ! Enfin pour la dernière chanson, j'ai voulu faire un générique de fin de film c'est pour cela que le style diffère beaucoup du reste de l'album. Le personnage de Dante est emblématique pour moi puisque je le vois comme le porte-parole de toutes ces âmes oubliées. Quelles sont tes influences littéraires, exprimées ou non sur From The Past ? P. L. P. : Comme je le disais, Dante est le personnage central de cet univers, La Divine Comédie a pour moi une place prépondérante. C'est une œuvre qui m'a beaucoup inspiré et m'inspire encore beaucoup ainsi que certaines s'y rapportant, je pense notamment à Après une lecture du Dante de Frantz Liszt qui est une de mes ouvres classique de prédilection ! Je peux citer également La fin de Satan de Victor Hugo qui a inspiré The Bringer Of Light. C'est une œuvre assez complexe et dont je n'ai qu'extrait quelques références. Pour le reste, je citerais l'Illiade et l'Odyssée mais également tout un tas de légendes diverses que j'ai lues durant mes recherches. Je ne suis pas un rat de bibliothèque ni un grand lecteur, je me nourris donc de tout ce que je peux trouver par-ci, par-là, ce qui me tombe sous la main. Je suis plutôt orienté cinéma. Dans ce domaine mes influences sont nombreuses et peut-être plus palpables. Avec autant de musique, il y a forcément des moments où on est moins satisfait… Quels sont les aspects que tu aimerais améliorer sur From The Past ? P. L. P. : Sans faire de langue de bois, je suis satisfait de tout dans From The Past. J'ai justement pris mon temps pour ne pas avoir de regrets par la suite. Il y a évidemment des petits trucs que je suis le seul à entendre ou à savoir. Ce sont des choses qui m'ont chagriné sur le moment mais avec le recul je me rends compte que cela n'a pas vraiment d'importance. Après, je dirais que les choses à améliorer pour l'avenir suivent mon évolution personnelle dans mes goûts musicaux, dans le type de son que j'aime, dans le style que j'ai envie de travailler. J'ai d'ailleurs déjà opéré ces changements récemment en enregistrant les deux titres promo (Si Vis Pacem... et ...Para Bellum), il n'y a donc pas de passages dont je ne suis pas satisfait. Quel est le programme pour la suite ? P. L. P. : Et bien dans un premier temps, je peux te dire que l'épisode From The Past n'est pas complètement fini puisque je pense qu'un EP dans la même lignée devrait voir le jour en fin d'année. Ensuite, je travaille sur une reprise de Wormfood et qui figurera sur le prochain album que nous sommes en train de composer. Enfin, je suis en train de réfléchir à aller défendre l'album sur scène. C'est un projet qui me tient vraiment à cœur mais qui nécessite là encore une organisation, une logistique et certains moyens. J'étudie donc les différentes possibilités ainsi que les disponibilités des uns et des autres, ce qui n'est pas une mince affaire. Cela pourrait prendre la forme d'un groupe « élargi » à la façon d'Avantasia ou de Therion. Season Of Mist www.myspace.com/meltedspace |