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Peu représenté chez nous, le post hardcore a trouvé en Agora Fidelio un digne porte-flambeau. Si le groupe vous est encore inconnu, Bagdad, deuxième volet de la trilogie Les Illusions d'une Route, vient de sortir et Jouch d’arriver pour nous en parler.
Propos recueillis par Nicolas Didier Barriac
Les Illusions d'une Route vont accompagner vos fans trois albums durant. En plus d'un concept artistique intéressant, c'est une certaine lourdeur que vous vous imposez, non ?![]() Jouch : Tout dépend du sens que tu donnes au mot "lourdeur". Si c'est une lourdeur pénible et dérangeante, je dirais que les gens ne sont en rien obligés de les acheter ou les écouter. Si c'est une lourdeur ambiante ou éprouvante émotionnellement, alors je suis ravi. Cela dit notre décision initiale était de proposer quelque chose de nouveau, de différent d'un simple disque, sorti en une fois et oublié aussi vite. Il fallait s'imposer sur la durée, créer une attente, prolonger une visibilité et surtout nous autoriser un terrain créatif nouveau, en trois temps, trois périodes, trois états d'esprit. Un bon challenge en somme. On a clairement pas réinventé la roue, mais je pense qu'on se démarque de beaucoup d'autres pour le coup. Et maintenant qu'on en est à la préparation du troisième, je peux t'assurer que la lourdeur est à priori plus ressentie par le groupe que par les auditeurs, c'est épuisant! Maintenant que les 2/3 sont faits, avez-vous déjà hâte de passer à autre chose ? J. : C'est un sentiment étrange en fait. Il y a une part de lassitude inhérente à tout projet de longue haleine, c'est certain, mais quoi qu'on en dise, dès qu'un volet existe physiquement, l'appel du suivant excite. Personnellement j'ai forcément très envie de passer à autre chose, soit pour Agora, soit pour mes autres projets en attente, mais j'ai vraiment très très envie de plonger au plus profond de Belfast. Dans la mesure où c'est le dernier de ce triptyque, je ne veux pas avoir de regrets ni de remords. Donc je crève d'envie de lui donner vie! En quoi diffère Bagdad de Barcelone et de Belfast à venir ? J. : Bagdad est un peu la charnière. Le point d'équilibre. Et ce à tous les niveaux. C'est le deuxième, c'est celui qui commence une démarcation dans le style, et c'est celui qui ouvre vers un style plus conceptuel pour le troisième. Enfin par conceptuel je ne veux pas dire qu'on va pondre un album de musique concrète non plus. Pour l'instant Belfast sera à priori le volet où Pelo aura pris le plus de liberté dans la composition. Et ça aussi m'excite beaucoup, parce que laisser de la place à Pelo au maximum est l'assurance d'avoir du carburant pour sa propre inspiration, il ouvre beaucoup de portes et prend des risques. Les albums, non composés à l'avance, étaient-ils pensés dans les grandes lignes avant leur conception ? Si oui, quelles étaient les "instructions" à tenir sur Bagdad ? J. : Ils étaient forcément un minimum pensés, en effet dans les grandes lignes. On savait qu'on souhaitait créer trois climats et on savait lesquels. La part de hasard ou d'imprévu se situait plus dans la manière d'enregistrer, de mixer et de créer une identité propre à chaque volet. Il n'y avait pas vraiment "d'instructions" mais plutôt des propositions ou des défis. A titre d'exemple, on s'était dit "tiens pourquoi pas enregistrer Bagdad entièrement sans delay sur la guitare, ou entièrement sans cymbales!" pour aller dans le sens d'un décharnement relatif à une guerre. Comme tu peux le voir au final ça n'est pas le cas sur les morceaux! Mais c'est plus par évidence au bout du compte que par échec. On a essayé de composer avec des handicaps, mais on considère que si un élément que tu retires s'impose à nouveau de lui même, c'est qu'il ne faut probablement pas le supprimer... Pelo avait amené l'excellent GPS sur Barcelone. Le "petit nouveau" a-t-il frappé à nouveau sur Bagdad ? J. : Bien entendu ! On s'est beaucoup partagé la tâche une nouvelle fois sur ce volet. Je n'ai pas souvenir qu'il ait totalement composé une chanson, mais il est probablement bien plus que moi responsable de certaines ambiances, à commencer par le morceau C'est Une Guerre. Comme je te le disais, il sera assez en avant au niveau des compos de Belfast, qui sont déjà très très avancées. Un mot sur C'est Une Guerre. Aviez-vous déjà écrit un morceaux à la fois aussi rentre-dedans et subtil que celui-là ? J. : Je crois que c'est un peu comme tous les clichés que génère un nouvel album. Un peu comme quand quelqu'un te dit "c'est notre meilleur album à ce jour, c'est l'album de la maturité". Je ne crois pas à ce genre de déclarations. De la même manière, je pourrais te dire que clairement on n’a jamais fait aussi violent, et c'est ce que pas mal de gens pensent je crois. Mais au fond quand je me remémore les années passées, je peux retrouver pas mal d'exemples de morceaux bien intenses et, n'ayons pas peur des mots, totalement hardcore dans leur exécution une fois sur scène. Par exemple Si Tu Savais Comme sur l'album Altitude Zero ou le final de 10h17 sur l'album Une histoire De Chair. Tu remarqueras à quel point au final je n'ai pas réellement d'avis sur la question ! Je pense surtout que ce morceau était nécessaire. On avait besoin que ça saigne un peu sur ce volet. Agora Fidelio est un groupe proposant une musique très variée et plusieurs autres projets gravitent autour du groupe. Y a-t-il toutefois des courants musicaux que vous n'avez pas encore eu l'occasion d'explorer et que vous voudriez proposer au public ? J. : Des milliers ! Ce qui ne veut pas dire qu'on le fera ou qu'on en serait capable évidemment, mais le champ est illimité ! MiLKa s'est essayé par le passé au melodica sur certains titres, j'ai utilisé un archet de violon sur Bagdad, on pensait à mettre en avant des éléments percussifs métalliques et il a même été question de cuivres dans les discussions de travail entre Pelo et moi. En bref, comme pour le reste, on avance sans trop réfléchir et sans trop fermer de portes… Comme tu peux l'entendre sur Drapeau blanc nous avons amené de l'orgue et j'avoue que le travail des claviers me passionne vraiment, donc il n'est pas exclu que leur rôle grandisse à l'avenir. ![]() Quel matériel avez-vous employé sur Bagdad ? J. : J'ai pour ma part joué sur mon indévissable Lag Roxane, ainsi que sur une Telecaster, le tout passé dans mon double corps H&K à lampes. Belfast sera probablement enregistré sur un tout autre matos, vu que je m'apprête à en changer. Pour ce qui est des effets, je suis resté fidèle à mon bon vieux Headrush et j'ai rajouté quelques passages dans une bonne vieille Rat. Voilà pour moi. Quant à Pelo, il a enregistré sur Sandberg modèle California (gauchère pour une fois). La basse d'origine a été révisée pour n'être plus que passive et le micro chevalet a été viré. Le splitcoil Sandberg a été remplacé par un Delano, micro d'origine sur ce modèle. Il n'aime pas se compliquer la vie avec trop d'options, comme moi. Entre l'ampli et la basse il a utilisé le BassDriver Tech21, qui sature joliment le son, même si c'est pas de la grosse finesse. Enfin, son ampli est un Ashdown Klystron 1000, série anglaise bien entendu. Quel est le dernier album qui vous a procuré une vraie émotion ? J. : Eh bien au risque d'être bien hors contexte, je dirais que les deux derniers disques que j'écoute le plus et qui donc me remuent le plus sont l'album de Lana Canard Del Rey, et Join the Q, des Qemists. Ah et aussi le nouvel album d'Unfold, qui nettoie quand même bien dans les angles. Au moment où je pose cette question, Nicolas Sarkozy se déclare candidat. Un avis sur la question (rires) ? J. : Je passe complètement mon tour (rires). Autoproduction www.agorafidelio.com |